Le défi de l’éducation du numérique

L'instruction publique semble avoir bien des difficultés dans la mise en place d'un programme cohérent portant sur l'éducation du numérique.
Pourtant ce chantier est d'autant plus urgent que la formation proposée est largement obsolète.

En effet, un enseignement de « l'informatique » qui consiste à aborder le traitement de texte, le tableur et dans le meilleur des cas, l'écriture de quelques lignes de programmation est loin du viatique minimum pour comprendre le monde digital dans lequel nous évoluons.

Consciente du problème, l'instruction publique se penche sur le sujet et propose sa vision dans un document intitulé « l'école au service de la citoyenneté numérique ». Le contenu reste vague et n'a de visionnaire que l'intention.

L'établissement d'un programme scolaire mobilise généralement des groupes de travail dont l’approche souvent universitaire de la problématique tend vers des résultats peu pragmatiques.
En résumé, les intentions buttent contre la réalité concrète de la mise en œuvre du projet.

Un contenu dynamique

L’organisation actuelle va tenter de formaliser un programme universel et figé. Cette approche traditionnelle a peu de chance d’aboutir car les lenteurs d’arbitrage et les lourdeurs de la structure ne s’accordent pas avec une matière qui connait des révolutions très rapides.

Le constat est simple, l'évolution galopante du monde numérique n'est pas compatible avec les contraintes de temporalités d’un processus traditionnel.

Les objectifs du programme ne peuvent se cantonner à la simple maitrise d’un outil informatique. La puissance et l’omniprésence du digital oblige d’aborder le sujet dans une perspective plus vaste. Il ne s’agit plus d’informatique mais d’humanités numériques.

Le contenu du programme doit être construit de façon dynamique afin de suivre le rythme imposé par cette matière qui ne supporte pas l’obsolescence.
Les différents sujets qui forment les humanités numériques doivent être adaptés au plus près de la réalité du moment. Le périmètre est vaste et chaque sujet doit être réévalué tous les ans. Il ne faut pas hésiter à supprimer les sujets désuets et ajouter des sujets en devenir.

En matière d’organisation, la création et l’animation des contenus sera prise en charge par une communauté de volontaires éclairés organisés en réseau à l’image du fonctionnement de l’encyclopédie Wikipédia.
La forme même des supports de cours ne sera pas figée mais constituées d’outils qui permettent la modification et la diffusion immédiate. Le livre est d’emblée exclu des supports éligibles.

Une organisation agile et créative

La mise en place d’une organisation concrète pour diffuser ces nouveaux savoir est un défi complexe.
Les humanités numériques relèvent d’une culture générale, il ne s’agit pas d’apprendre les fondamentaux de la science informatique mais de placer le numérique dans une perspective vaste et transversale.

Pour organiser la structure opérationnelle, l’erreur consisterait à engager des masters en informatique pour en faire les enseignants d’une branche à part entière.
La première raison est liée à difficulté de maintenir les connaissances à jour pour des personnes qui ne seraient plus immergées dans les opérations. Le second motif porte sur la nature des humanités numériques qui ne relèvent pas d’une question technique mais de la combinaison de nombreuses disciplines.

En revanche, je suis prêt à parier que l’on trouve dans le corps enseignant nombre de technophiles compétents voire passionnés de numérique.
C’est bien entendu auprès de ces personnes que l’on fédérera une communauté dynamique qui élaborerait les sujets et dispenserait en classe les humanités numériques.
De plus, cette approche aurait l’avantage de croiser une compétence numérique avec le champ d’expertise premier de l’enseignant.

Pour atteindre un tel objectif, il s’agit d’identifier les compétences cachées des collaborateurs et exploiter les talents. Du point de vue opérationnel, il est question l’organiser des échanges dans les classes afin qu’un détenteur de la bonne compétence puisse voltiger là où il apporte de la valeur.
Ce fonctionnement introduit une pratique de partage et d’échange systématisé qui peut bien entendu être étendu à d’autres matières.

L’exploitation de compétences autres repose sur un service des ressources humaines agile, capable d’identifier, gérer et augmenter un réservoir de savoirs atypiques et non académiques.
C’est un véritable challenge pour les RH de faire confiance à des savoirs non normés, de transversaliser les échanges et de diffuser ces nouveaux protocoles afin d’augmenter la valeur globale de l’offre.

Conclusion

Le numérique ne nous laisse pas le choix. Cet environnement qui s’est immiscé dans notre quotidien nous impose d’explorer et d’adapter les méthodes de diffusion du savoir et remet en cause nos fonctionnements.

Il est urgent d’innover dans une Europe déjà largement dépassée sur les enjeux numériques. Cela demande de la créativité, du courage et de la vista. Saurons-nous en faire preuve ?

 

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